C'est ça qui est ça

Le droit de se battre

Publié le dimanche, 9 janvier 2005

J'ai deux raisons de soutenir les grévistes de la SAQ : parce que des membres de ma famille sont en grève, mais surtout parce que je crois au droit à faire la grève et à lutter pour améliorer ses conditions de travail. Évidemment, d'autres ont une opinion différente. On me disait que les grévistes se font régulièrement crier : « Vas donc travailler chez Wal-Mart, voir ! », « 16 piasses de l'heure pour mettre des bouteilles sur des tablettes pis ça se plaint ! ». Le manque de solidarité et une telle preuve d'individualisme crasse me sidèrent. D'où vient cette idée que mon voisin n'a pas le droit d'arroser son gazon, parce qu'il sera plus vert que le mien ?

Depuis quand des gens, qui ont les moyens légaux de le faire, ne devraient-ils pas se battre pour améliorer leurs conditions de travail, sous prétexte que d'autres n'ont pas leur chance ? D'autant plus que dans le cas des employés de la SAQ, il n'est pas question de salaire, mais plutôt d'heures de travail. Personne ne contredit le fait qu'ils ont d'assez bons salaires. Quand on prend le temps de comprendre la véritable raison de la grève, on la trouve justifiée. Peu importe le salaire, qui voudrait voir ses heures de travail diminuer de 20 à 50 % ? Ça donne quoi d'avoir un meilleur salaire que la moyenne de l'industrie du commerce de détail si on ne fait pas assez d'heures pour dépasser le salaire minimum à la fin de la semaine ?

C'est vrai que les conditions de travail dans le commerce de détail sont pitoyables. Ma conjointe est assistante-gérante dans un magasin de vêtements pour enfants, je sais ce que c'est. Par contre, je ne trouve pas que le salaire des employés de la SAQ indécent. Ils ont tout simplement la chance de travailler pour un employeur qui a de l'argent et les moyens (syndicaux) de faire respecter leurs droits et d'aller chercher des avantages.

En théorie, les employés de GAP, Wal-Mart et autres grandes compagnies pourraient sûrement aller chercher des avantages, mais ils ne le font pas ou peu. Les dirigeants de ces entreprises misent sur l'attitude « chacun pour soi » et le manque de ressources de leurs employés pour court-circuiter les tentatives de rassemblement et de syndicalisation. La lutte des employés de la SAQ devrait être saluée, pas méprisée. Depuis quelques années, on sent du mépris envers les mouvements syndicaux au Québec. Ce mépris, parfois fondé (voir les cols bleus de Montréal), nuit beaucoup aux conditions de travail des travailleurs en général, puisque c'est devenu « pas correct » de se battre, surtout si ça dérange la population et qu'on a déjà un salaire décent — même si ce salaire n'est pas l'enjeu de la lutte.

Si c'est indécent de payer 14 ou 16 dollars l'heure un employé de la SAQ, parce que le salaire moyen de l'industrie est de 8 dollars l'heure, c'est indécent de payer un employé de magasin 8 dollars l'heure, parce que le même employé en Malaisie ou au Mexique doit probablement en gagner une fraction. À quand le retour de l'esclavage, à ce compte-là ?

Placé dans Politique et Société

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