C'est ça qui est ça

Chaplin

Publié le lundi, 3 janvier 2005

Tout passionné de cinéma que je suis, je n'avais jamais vu un film de Chaplin au complet. Je connaissais le personnage, j'avais vu plusieurs scènes de ses films dans mes cours ou dans des documentaires, mais jamais un long-métrage original. J'ai pu rattraper un peu de ce retard pendant les Fêtes, avec Le Dictateur et Les Temps modernes et constater l'ampleur du cinéaste.

Le dictateur

J'avouerai avoir été particulièrement impressionné par Le Dictateur, surtout avec le recul dont nous jouissons aujourd'hui, tant au niveau historique que cinématographique. D'abord, c'est un excellent film, dirigé de main de maître. Il réussit à faire passer toutes ces petites scènes comiques, dans la tradition du film muet, dans ce film au propos si lourd. Ses caricatures sont aussi superbes, spécialement celles de Mussolini. La scène où les deux dictateurs se chamaillent pour avoir le dessus sur l'autre est savoureuse. Il y a aussi ces petits détails de mise en scène : la fameuse scène où le dictateur joue avec la Terre, ou celle ou les deux dictateurs font grimper leurs chaises de coiffeurs. Un seul bémol : le discours final. Je comprends que c'était un cri du coeur de Chaplin, que la scène est profondément sincère. Malheureusement, c'est un modèle qui a été si souvent récupéré par le cinéma hollywoodien pour faire la propagande américaine que la scène passe moins bien en 2004. En 1940, par contre, j'imagine que l'impact devait être différent.

C'est d'ailleurs ce qui m'a le plus touché, lorsque qu'on remet le film dans son contexte historique. C'est une histoire qui aurait dû être faite après la guerre, après avoir pris conscience de la tragédie. En 1938, peu de gens, spécialement en Amérique, avaient une idée de ce que Hitler préparait et, à vrai dire, beaucoup ne se souciaient pas vraiment du sort des Juifs. Pourtant, c'est cette année-là que Chaplin va commencer son film, qu'il financera lui-même, puisque personne d'autre ne voudra s'engager dans un tel brûlot. Chaplin avait compris et voulait agir avant qu'il ne soit trop tard. Je ne sais pas quel impact son film a eu. Il me semble qu'il n'a peut-être pas changé grand-chose sur le coup ; Chaplin mérite cependant toute notre admiration pour être un de ceux qui se sont levés avant tout le monde pour sonner le signal d'alarme.

Le Dictateur est le cinéma engagé à son meilleur. Il n'essaie pas de nous enfoncer les faits dans la gorge, il ne joue pas de démagogie pour faire passer le message. Il nous fait vivre une histoire, utilise l'empathie pour nous faire comprendre que ça va mal, qu'il faut réagir. C'est fort, ça marche — surtout avec ce qu'on sait aujourd'hui sur ce qui s'est vraiment passé.

Les Temps modernes

Je parle longtemps de Le dictateur, mais je ne veux rien enlever à Les Temps modernes. C'est un film superbe sur le désir de rester libre tout en pouvant gagner sa vie. La première partie du film, dans l'usine, est un classique. On sait que Chaplin avait des penchants communistes et ça se sent dans le film. Par contre, on comprend le besoin pour une telle histoire après la crise de 1929 et la répression des syndicats par les grandes entreprises (et le gouvernement — Duplessis, quelqu'un ?). C'est un film d'une grande humanité, sensible et drôle, évidemment. C'est la force de Chaplin : traiter d'un sujet grave avec humour.

Tout ça pour dire enfin que malgré les 60, 70 ans qui nous séparent de l'oeuvre de Chaplin, elle vaut vraiment la peine qu'on y retourne. C'est sur ma liste de films à voir.

Placé dans Cinéma

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