Publié le dimanche, 12 décembre 2004
Savez-vous ce qu'est une copule ? Moi non plus, je ne connaissais pas la copule (en tout cas, pas celle-là). J'en ai entendu parler parce que, nouvellement diplômée de l'UQAM en enseignement des arts plastiques, ma blonde doit passer l'examen de français CEFRANC pour pouvoir travailler pour la CSDM. Un examen de réputation très difficile, imposé à tous les nouveaux enseignants qui veulent travailler pour la commission scolaire, peu importe leur champ d'enseignement.
Clarifions tout de suite quelque chose, pour calmer les enculeurs de mouches adorateurs inconditionnels de la langue frrrrançaise : il est évident que tout enseignant se doit d'avoir un bon français. Ils font figure d'exemples pour les élèves et, en tant que tels, ils doivent faire un minimum absolu de fautes d'orthographe et de grammaire. L'apprentissage du français est déjà assez difficile sans que des profs malhabiles ne viennent brouiller les règles dans la tête des élèves en faisant des fautes de français communes et à répétition. Là-dessus, on est d'accord.
Il est aussi évident qu'un employeur a le droit de s'assurer des compétences d'un futur employé par des examens. La pratique est répandue et ne concerne pas seulement que le français. Dans ce cas particulier, par contre, je ne peux m'empêche d'être exaspéré par l'attitude des institutions vis-à-vis la maîtrise du français.
Pour passer le CEFRANC, il faut débourser 50 ou 60 dollars. La note de passage est de 60 %, 75 % pour les futurs enseignants de français. Si on rate l'examen, il attendre trois mois et payer à nouveau. Si on le rate de nouveau, il faut attendre 6 mois, ensuite 1 an, etc. Peu importe qu'on soit un prof d'éducation physique, de maths, d'arts plastiques. Étant donné qu'il est considéré comme difficile, beaucoup de gens le ratent et retardent donc leur entrée sur le marché du travail. On pourrait dire que ça fait partie de la vie, que c'est normal, les jeunes aujourd'hui ne savent plus écrire correctement, etc. Ouais... Réfléchissons.
Je ne suis pas au courant des détails de nouvelle réforme et je ne suis pas spécialiste du système scolaire québécois, mais je suis allé à l'université après six ans de cégep, j'ai donc eu le temps de l'explorer.
C'est là que je ne comprends plus. Après tout ce temps, ces énergies, ces examens, ces tests de tests, un finissant universitaire ne sait pas encore comment accorder un participe passé. Comment ça se fait ? On ne consacre autant d'énergie à aucune autre matière. Le débat sur la qualité du français fait rage au Québec depuis plus de quarante ans (merci Frère Untel), peut-être même plus, et il n'a pas changé d'un iota. Pourquoi ? Depuis mon entrée à l'école primaire en 1980, j'ai vu défiler les solutions, toutes pointées vers la fin du cycle d'études : examens nécessaires à l'obtention des diplômes (DEC, Bac, etc.), plus de cours obligatoires. Rien n'y fait, la situation ne semble pas évoluer. On cherche donc d'autres causes : les animateurs de télé et de radio, le clavardage, le manque d'intérêt pour la lecture, bla, bla, bla... Je n'ai jamais entendu quelqu'un dire que le problème était peut-être au primaire ou au secondaire, dans la façon dont on enseigne le français. Personne. Si les jeunes ne savent pas écrire à la fin du secondaire, c'est parce qu'il y a un problème à l'extérieur de l'école, pas à l'intérieur.
Personne ne s'est jamais dit que si les élèves apprenaient mieux le français au départ, ils auraient peut-être moins de problèmes à l'arrivée. Tellement que (si j'ai bien compris ce qu'on m'a expliqué de la nouvelle réforme — vous me corrigerez au besoin) il n'y a plus de cours de français à proprement dit au primaire. C'est une de ces compétences transversales qu'on apprend en faisant autre chose. Je l'ai vu : le tiers des élèves de quatrième année d'une école aisée du plateau Mont-Royal ne savaient pas écrire le mot école. En attendant, des centaines de finissants ne peuvent obtenir un diplôme — ou un emploi — parce qu'on leur demande de passer un examen au-dessus de leurs connaissances.
Il faudrait peut-être penser à trois choses. D'abord, les bonzes du ministère de l'Éducation devrait peut-être descendre du complexe G et revenir dans le monde réel pour comprendre à quel point la situation devient ridicule. Le problème du français au Québec est une gangrène ; pourtant, au lieu de faire en sorte que la blessure de s'infecte pas, on attend de couper une jambe. Au Québec, c'est ce qu'on appelle de la « logique de bottine », non ? Ces pauvres fonctionnaires sont toujours à la recherche d'une nouvelle façon de réformer le système pour justifier leur salaire, pourquoi n'en profiteraient-ils pas pour le faire comme il faut pour un fois ?
Ensuite, même si je sais qu'ils détestent ça, il faudra que les enseignants de français admettent qu'ils ne s'y prennent peut-être pas de la bonne façon. Puisqu'ils sont sur le terrain, ils devraient pouvoir dire pourquoi la méthode actuelle ne fonctionne pas. Ça veut peut-être dire plus de devoirs et surtout pas des notes de passages moins élevées. Qu'en pensent-ils ? Sont-ils prêts à se remettre en question ?
Enfin, il faudrait peut-être aussi réfléchir au niveau de maîtrise du français qu'on vise. Est-il vraiment utile, pour la majorité des gens dont la langue n'est pas le métier, de connaître tous les petits détails qui font que notre langue est aussi belle que chiante ? À entendre certaines personnes (oui, je pense à vous, auditeurs de la Première Chaîne de Radio-Canada), en dessous de Bernard Pivot rien ne peut être toléré. Je parle des auditeurs de la Première Chaîne, car je les entends régulièrement se plaindre du mauvais français des animateurs. Franchement, ces gens sont ridicules. Ils citent des erreurs si pointues qu'on pourrait croire qu'à leurs yeux (ou plutôt leurs oreilles), il faudrait une maîtrise en langue française dès qu'on s'exprime devant un micro ou une caméra — ou une classe d'arts plastiques. N'y a-t-il pas une marge acceptable entre les erreurs répétitives des participes passés et la connaissance parfaite de tous les angliscismes ?
Je ne suis pas d'accord avec les gens qui bâclent leur français sous prétexte de mieux communiquer avec les gens et je ne le suis pas plus avec ceux qui trouvent des fautes de français dans l'oeuvre Victor Hugo (OK, j'exagère, mais vous comprenez ce que je veux dire). Dans l'espèce de panique qui persiste devant les piètres résultats des élèves en français, on en a oublié le sens des proportions et on exige peut-être trop. Personnellement, j'ai toujours eu un bon français et de très bonnes notes à l'école. Pourtant, devant les cahiers d'exercices que ma blonde avait pour se préparer, j'étais désorienté. Je me suis rendu compte que je ne connaissais pas beaucoup des règles dont ils parlaient. Ça ne m'empêche pas de bien communiquer dans le cadre de mon travail, où j'ai souvent à créer ou manipuler des textes. D'ailleurs, lors de son stage, ma blonde s'est fait féliciter pour son français en classe, qui n'a rien à voir avec les exigences du CEFRANC et qui pourtant rempli parfaitement son rôle de transmettre la connaissance.
Là, je pique ma crise et j'en vois venir pour pointer toutes les erreurs que je fais sur mon site, d'autant plus que je me déclare « bon en français ». Faites ce que vous voulez, je m'en fous. Je prends soin d'écrire le mieux possible, tout en ayant un style pas trop soutenu, plus convivial. J'utilise donc certaines expressions plus « parlées » et des anglicismes, si ce n'est pas carrément des mots en anglais. Je prends toujours le temps de corriger mes articles, en me relisant et en utilisant Antidote. Je crois faire ma part, à ma façon, pour la qualité du français sur le Web. Qu'est-ce que vous voulez, je n'ai pas de bac en linguistique ou en langue française, je ne suis allé qu'à l'école publique...
Placé dans Politique et Société
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