Publié le jeudi, 7 octobre 2004
En fouillant dans mes disques, en fin de semaine, je suis tombé sur The Wall, de Pink Floyd, qui est probablement le disque que j'ai le plus écouté. Je vous le dit, cet album a carrément changé ma vie.
Imaginez : quinze-seize ans, l'esprit trouble, l'acné intermittente. À l'époque, je n'écoutais que de la musique pop, la radio commerciale. Le type de musique que je connaissais le mieux, pourtant, était la musique classique, que mes parents faisaient jouer abondamment chez moi. Quinze ans, c'est l'époque des remises en question, où l'adolescent timide en avait assez et voulait plus de la vie. C'était l'été, il faisait chaud, je dormais dans le petit chalet dans le fond du terrain, chez mes parents, parce que c'était plus frais que ma chambre. Un ami m'a prêté la cassette de The Wall, que j'ai écouté, seul dans ma cabane, avec mon walk-man.
Je n'en suis jamais revenu. D'abord, évidemment, par les thèmes qu'il aborde, l'album est venu me toucher directement, intensément. Dans l'année qui a suivi, j'ai décidé d'aller en littérature au cégep plutôt qu'en sciences, j'ai commencé à boire de la bière et j'ai écouté de moins en moins de musique pop...
Pour moi, The Wall est l'album qui m'a permis de comprendre qu'il y avait une autre façon de voir les choses. Ça m'a quand même pris quelques années pour en appréhender toute l'ampleur de cette prise de conscience. C'est The Wall qui m'a amené vers Hendrix, Led Zeppelin, King Crimson. Vers le cinéma Le Clap, à Québec, qui était alors mon rendez-vous hebdomadaire. Ça a été ensuite, avec le cégep, des artistes, des écrivains, puis des musiques plus différentes, le techno, l'électro-acoustique. Bref, c'est cet été-là que j'ai compris qui j'étais, qui a confirmé cette soif d'en connaître plus, d'être étonné, surpris, bousculé.
Quand j'ai écouté The Wall, en fin de semaine, c'était la première fois depuis des années. En fait, l'album de Pink Floyd — mon groupe fétiche de l'époque — que j'écoute le plus régulièrement encore aujourd'hui est Wish You Were Here. Question de goût, tout simplement. Par contre, il est clair que The Wall est mon « album fondateur ».
D'ailleurs, en réécoutant des disques de cette époque (Led Zeppelin, Black Sabbath époque Ozzy, Rolling Stones, Doors, Hendrix), je me suis demandé si ces groupes n'étaient pas un espèce de passage obligé. Je suis sûr que des centaines de cégépiens écoutent encore Whole Lotta Love ou All Along The Watchtower dans les couloirs, entre deux cours. Quoi qu'on en pense, ce sont des groupes fondateurs, la racine du rock d'aujourd'hui. Et, surtout, c'est encore de la bonne musique. Peut-être qu'ils sont aujourd'hui la porte d'entrée vers tout le reste, cette graine rebelle, vivante qui nous branche sur le monde. On commence par Hendrix et on finit par Zorn ; on découvre Pink Floyd pour, plus tard, savourer Kind Of Blue. Ce n'est pas une filiation directe ; c'est un enchaînement de découvertes.
Pour moi, le déclencheur a été musical, mais ça aurait pu être autre chose. Kubrick, Schiele ou Bukowski, par exemple — c'était qui (ou quoi), pour vous? Quel est votre album fondateur ?
Placé dans À propos de moi
« Mouais, en tout cas... | Accueil | Quelques petites vites »