Publié le samedi, 9 octobre 2004
Je vous ai fait peur, hein ? Vous n'êtes pas sûr d'avoir bien lu... En fait, j'avoue, j'exagère, j'ai fait un peu de surenchère pour avoir un titre accrocheur et attirer votre attention. Pourquoi diable, sapristi, torpinouche, voudrais-je donc être américain ? À cause des élections.
Suivez-vous les élections américaines ? C'est palpitant. Les enjeux sont clairs, les couteaux volent bas et les convictions à fleur de peau. Tout ça pour des raisons évidentes : il y a des gens qui meurent, des soldats qui se battent, des alliances malmenées.
Comparez ça aux dernières élections fédérales made in Canada. Un peu de tenue, ne baillez pas ! Ce n'était pas si ennuyant que ça. Les enjeux étaient clairs : d'un côté, le scandale des commandites, des conflits d'intérêts en vue, un premier ministre qui pratique l'évasion fiscale, un gouvernement encrassé par un trop long pouvoir. De l'autre, un parti redneck, à genoux devant les Américains, pour la peine de mort, contre l'avortement. Et de l'autre, les maudits séparatisses. Et enfin, dans le fond, le gars à moustache qui sourit tout le temps. Tout ce qu'il faut pour avoir des débats vifs, des émotions qui éclaboussent partout, des revirements, des alliances et des déchirements.
Pourtant, le temps de le dire, c'était fini. Bon, je l'admets, les Libéraux ne l'ont pas eue facile et ont perdu des plumes (pour être franc, ils en ont perdu pas mal). Est-ce qu'on a eu de grands débats ? Pas vraiment. Est-ce que des gens sont sortis dans la rue, déchirer leur chemise pour une cause ou l'autre ? Plus ou moins. Pis on n'avait quand même de bonnes raisons de le faire ; mais il ne s'est finalement pas passé grand-chose.
Je suis peut-être naïf ou un peu niaiseux, mais j'envie l'énergie qu'il y a présentement aux États-Unis. J'aimerais être là-bas, expliquer aux gens comment Bush leur a menti, avoir des discussions costaudes avec des Républicains. Je crois que notre dédain (haine ?) de Bush nous implique profondément dans ce débat électoral, une implication qui manque cruellement à la scène politique ici, au Québec comme au Canada. Le seul débat qui a su venir nous chercher autant est, évidemment, celui de l'indépendance du Québec ; et même celui-là s'essouffle. Je serais curieux de comparer le nombre de Canadiens qui ont écouté le dernier débat Bush/Kerry avec ceux qui ont écouté le débat des chefs aux dernières élections fédérales. On serait peut-être surpris...
Ce qui m'amène à penser à une chose : avec toutes ces preemptive wars, cet impérialisme culturel, ces politiques de libre-échange protectionnistes, les États-Unis ont une profonde influence sur toute la planète. Si Bush est réélu le 2 novembre, ça va changer ma vie et la vôtre, jusqu'à un certain point. Je revendique donc un droit de vote aux élections américaines ! Je veux choisir mon président du plusse puissant pays du monde ! Je veux décider qui bafouera nos accords commerciaux et qui protégera quel didacteur ! Au moins, je pourrai dire que j'aurai essayé — ou que je l'aurai mérité.
Placé dans Politique et Société
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