C'est ça qui est ça

Contes de la folie ordinaire

Publié le dimanche, 24 octobre 2004

J'ai lu mon premier Bukowski par hasard. Je fouinais dans une librairie et je suis tombé sur Le journal d'un vieux dégueulasse. Le titre m'accroché et je l'ai acheté. Ensuite, j'ai lu Pulp et puis, récemment, Contes de la folie ordinaire qui, en passant, est certainement l'un des plus beaux titres que l'on ait écrit. Ce n'est surtout pas le dernier livre à la mode : Charles Bukowski est mort en 1994 et Contes de la folie ordinaire date de 1972. Mais bon, je ne suis pas si vieux que ça et c'est maintenant que je le découvre.

Contes de la folie ordinaire est un recueil de nouvelles, presque toujours plus ou moins autobiographiques, comme Le journal d'un vieux dégueulasse. D'ailleurs, les deux sont assez semblables. Dans les deux cas, c'est du costaud, pas dans la forme, mais plutôt dans le fond — le fin fond du fond, en fait. Bukowski a écumé les bas-fonds de la société américaine et nous les met en scène sans fioritures, crûment, durement. C'est violent, vulgaire, misogyne, sale, pauvre. En même temps, il s'en dégage une lucidité, un aplomb. Ce ne sont pas (encore) les lamentations d'un gars qui veut faire pitié ; c'est la désinvolture, la marginalité, la liberté d'un homme qui l'assume entièrement, même si elle est crasseuse, alcoolique et pauvre.

C'est ce qui m'a rejoint chez Bukowski : son espèce de pragmatisme cynique et, surtout, son absence totale de rectitude politique. On fréquente les putes, les hôtels de passes, les jobs minables, les bars miteux et aussi, puisqu'il était un écrivain reconnu, les cocktails jet-set et les magazines underground. D'ailleurs, on comprend tout de suite qu'il est plus à l'aise dans un bar au fond d'un village de Californie que dans une soirée à Berverly Hills. C'est son paradoxe : d'un côté, il revendique son côté pourri, raté et de l'autre, il se proclame le plus grand poète américain. Il se sait capable de beaucoup, mais s'obstine à tout faire rater. Pourquoi ? Allez savoir...

Au-delà du style râpeux qui doit certainement en faire fuir beaucoup, il y a des phrases, des réflexions, des moments forts, limpides, honnêtes qui donnent du corps à ce qui ne serait autrement qu'une avalanche grossière. Le bonhomme avait du style, une écriture solide et on est passionné par ces petites histoires d'un monde qu'on sait qu'il existe, mais qu'on ne connaît qu'indirectement, par les films, la télé. Bukowski nous y plonge, pour le pire et le « plus pire ». Encore une fois, par contre, ce n'est pas misérabiliste : c'est son monde, c'est ce qu'il connaît, that's it.

Personnellement, surtout après avoir lu Le journal d'un vieux dégueulasse, j'ai trouvé Contes de la folie ordinaire un peu redondant. Même si plusieurs histoires se distinguent, certaines au contraire se valent, sans plus et étirent un peu la sauce. Au bout du compte, c'est quand même un livre qui m'a accroché, que j'ai dévoré.

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