C'est ça qui est ça

À l'aveuglette vers la souveraineté

Publié le mardi, 19 octobre 2004

Cette fin de semaine, Bernard Landry a présenté un nouveau plan pour faire du Québec un pays. Plus radical que ses prédécesseurs, Landry établit tout de suite des objectifs et des échéances clairs qui seront appliqués dès la réélection du PQ. Vous savez quoi ? Même si je suis indépendantiste, que je viens de faire élire un député péquiste, je suis agacé — voire même déçu par Landry.

On dirait que les militants péquistes ne comprennent pas. Pour eux, la souveraineté est érigée en dogme ; c'est le seul objectif qui compte, aux mépris du reste de la population et des problèmes urgents du Québec. On dirait qu'ils en oublient toute logique : le plan de Landry sert d'abord et avant tout à plaire aux membres du PQ et à écarter les prétendants à la direction du parti. Peu importe s'il aidera effectivement le Québec. C'est de la politicaillerie, de la petite manoeuvre pour installer son autorité sur le parti.

Le pire, c'est que ça risque de donner un prochain mandat à Jean Charest. Aux prochaines élections, les libéraux vont tout de suite rappeler que si les Québécois votent pour le PQ, il va y avoir un référendum, les entreprises vont fuir le Québec, bla bla bla... Ils pourront le dire parce qu'il y a une échéance claire, définie. La prochaine élection provinciale sera encore plus polarisée souverainiste/fédéraliste, ce qui permettra à Charest de faire oublier qu'il a coupé dans tout les services et qu'il n'a jamais baissé les impôts. Résultat : encore quatre ans de Charest.

Ce qui m'agace, c'est qu'il n'y a pas moyen d'avoir une élection normale au Québec, avec un débat sur les enjeux sociaux et économiques. Le débat est toujours d'abord sur la souveraineté, la constitution. Au lieu d'avoir des partis à gauche ou à droite, on a des partis souverainistes ou fédéralistes. C'est nécessaire : par exemple, quand l'UFP a été formée, il a été nécessaire de souligner que le nouveau parti était pour l'indépendance — il ne pouvait pas n'être que « de gauche ». C'est ce qui nous a donné deux partis dirigés par deux ex-conservateurs fédéraux : entre Bouchard et Charest, avions-nous vraiment le choix ?

C'est vrai que les dernières élections ont été moins pires à ce niveau, grâce à la grogne des défusionnistes et, peut-être, au succès-surprise de l'ADQ. Malheureusement, avec son annonce, Landry nous ramène aux bonnes vieilles élections souverainistes/fédéralistes, même si cela risque de briser le Québec que le PQ a contribué à construire.

Placé dans Politique et Société

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