C'est ça qui est ça

Intégration à la montréalaise

Publié le dimanche, 12 septembre 2004

Je suis rentré de travailler tard, un soir, dernièrement. Fatigué, je décide de me commander une bonne ration de junk food, histoire de me remettre d'aplomb : un bon club sandwich. Il y a petit resto qui livre super vite et qui est plutôt bon. Je passe ma commande.

Curieusement, le club sandwich se fait attendre. Le téléphone sonne. Ma blonde répond et je l'entends : « No, I don't want to tell you my address ! One moment. » Elle me passe le téléphone. Dans un anglais embourbé dans un accent indien, quelqu'un me demande mon adresse : c'est le livreur qui s'est égaré. Évidemment, nous n'arrivons pas à nous comprendre et je lui dis que je descends.

Dehors, je le vois sortir de sa voiture et venir vers moi. « Where is your door ?

Right here. See ?

— (Avec son fort accent indien) Tabarnak ! Too much numbers ! Hard to see ! »

Tabarnak ? Le gars ne dit pas un mot de français, pis il lâche un bon Tabarnak comme ça, spontanément ?

Avez-vous vu le documentaire de François Parenteau, Qui est nous ? ?. Il y rencontre des immigrants installés ici, au Québec et les questionne sur le fait d'être (ou ne pas être) Québécois. Il aborde le sujet du sacrage, une spécificité québécoise bien connue. Une anglophone admet sacrer régulièrement (en fait, la plupart de ces immigrants disent sacrer). Elle explique ensuite que c'est par ses jurons que l'on peut savoir si une personne est intégrée ou non à une société.

Je suppose que même s'il ne parlait toujours pas français, mon livreur était quand même chez lui, au Québec.

Il m'a souri, je l'ai payé et il est parti. Mon club était pas mal bon.

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