C'est ça qui est ça

Réflexions sur l'Irak

Publié le samedi, 14 août 2004

Je suis allé voir Fahrenheit 9/11 hier. Je ne reviendrai pas sur le film en tant que tel ; je l'ai évidemment beaucoup aimé, la mise en scène est superbe et certaines scènes très fortes — mais j'étais vendu d'avance et je sais que je n'ai rien à ajouter à ce qui a déjà été dit.

Dans son film, Michael Moore montre quelques-unes des atrocités qui ont été commises en Irak — pas par Saddam, mais par l'armée américaine. Pas de façon systématique, calculée : ce sont les fameux dommages collatéraux, supposément si peu nombreux, grâce aux avancées technologiques dans l'art de la guerre.

Malheureusement, Moore ne s'y attarde pas. Pourquoi ? Je n'en sais rien, ce n'était pas vraiment son propos et, de toute façon, peu importe.

En fait, ce que cela m'a fait réaliser, c'est qu'on ne sait pas grand-chose sur ce qui se passe en Irak, sur ce que vivent les Irakiens. On nous parle des combats, du nouveau gouvernement, des combats, des implications des grandes sociétés américaines, des combats, des bénéfices de la reconstruction (même la France en veut) et... des combats.

Les combats. On a droit à un décompte ultraprécis des morts occidentales : soldats américains et britanniques, travailleurs étrangers, etc. Surtout des soldats américains : pendant un certain temps, au jour le jour, on nous informait du « score » des soldats tués.

Sur les Irakiens : rien. Leurs villages sont bombardés, leurs rues sont prises d'assaut et il ne semble pas y avoir de morts. En tout cas, pas assez pour qu'on en parle beaucoup. Qu'ils soient ignorés dans les médias américains, je peux comprendre ; mais on n'en parle pas plus ici, au Québec. Pourquoi ? Selon Irak Body Count, on en serait à plus de 11 000 civils irakiens tués. 11 000 : trois fois plus que l'ostie de 11 septembre. C'est ça, une libération? D'autant plus que seulement la moitié des ces morts (5 000) sont attribuables à l'invasion elle-même, les autres ont donc été tués après que la fin de l'invasion fut déclarée.

Je ne comprends pas cette complaisance de nos médias envers la guerre d'Irak. Évidemment, il y a bien un petit reportage ici et là qui jette un peu de lumière sur ce qui se passe là-bas, mais rien au Téléjournal, sauf les morts américains ou alliés.

On ne dira jamais assez à quel point cette guerre aura été une belle merde. C'est sûr, Saddam est délogé, mais pourquoi et à quel prix ? Je comprends les Irakiens d'être en tabarnak et j'aimerais les entendre, justement. Je veux savoir ce qui se passe là-bas. Pas dans un tank américain, mais dans une maison irakienne, un café, une salle de classe.

Par hasard, j'ai reçu hier le dernier numéro de RES magazine, auquel je suis abonné. Sur le DVD qui vient avec chaque numéro, il y a la bande-annonce d'un film qui prétend justement redonner la parole aux Irakiens. À en juger par les quelques minutes de vidéo, ça a l'air drôlement intéressant. La bande-annonce de Battle Ground est en ligne sur le site du producteur, Guerrilla News Network. Je ne sais pas si nous pourrons voir le film ici, en vidéo ou à la télé.

Placé dans Politique et Société

Commentaires

Moi aussi, j'ai mon mot à dire

Garder mon info?


« La face cachée de la Lune | Accueil | Dernières musicales »