Publié le vendredi, 16 juillet 2004
Je viens de voir le dernier film de Bertolucci, The Dreamers (Innocents, en français, au Québec — un titre TRÈS mal choisi). La comparaison avec Le dernier tango à Paris est tentante : beaucoup de sexe trouble, un grand appartement, Paris. Pourtant, les deux films sont assez différents, l'un (Dreamers) étant plutôt à la recherche de la force de l'autre (Le tango). Parce que Dreamers est d'abord plein d'une nostalgie agaçante, du moins pour quelqu'un de ma génération : Mai '68, Godard, Hendrix, l'amour libre, le pot, le communisme... vous voyez le tableau.
Bertolucci semble avoir gardé un souvenir très étroit de cette époque : à part peut-être une toune de Dylan (qui en fait revient au même), la majorité de la trame sonore est garnie par les trois J : Jim (Morrisson), Jimi (Hendrix) et Janis (Joplin). À croire que les étudiants casse-bitume n'écoutaient rien d'autre. Les trois personnages principaux sont férus de cinéma, prétexte semble-t-il à un paquet de scènes « hommages » au cinéma des années trente : ils se lancent des défis où ils doivent deviner de quel film provient la scène jouée par l'un d'eux. C'est classique : c'est le passe-temps préféré de tous les passionnés de cinéma dans les films sur le cinéma. Il nous sert même Jean-Pierre Léaud dans son propre rôle, même s'il s'est passé plus de trente ans depuis les vrais événements. Tout ça pour nous mettre dans un contexte qui, à première vue, semble accessoire, pour ensuite l'utiliser à bon escient, mais peut-être trop tard.
C'est dans la relation entre les trois personnages que le film trouve son intérêt. Le malaise de Matthew face à l'étrange relation de ses nouveaux amis frère et soeur jumeaux. La coupure de ceux-ci face au monde extérieur. Autant Bertolucci s'enfonce dans les stéréotypes soixante-huitards, autant, par l'entremise de Matthew, il jette un regard lucide sur l'époque. Évidemment, avec le recul, ça devient peut-être facile, mais le résultat est pertinent. Théo et Isabelle sont l'image même de ces militants qui, une fois le confort matériel trouvé, se vautrent dans le confort et l'indifférence. Et quand enfin Matthew les sort de leur torpeur, c'est plus pour le kick que par réelle conviction qu'ils troqueront leur Châteuneuf pour un cocktail Molotov : la fin d'une époque...
Les discussions politiques entre Matthew et Théo sont vives et animées. Théo rêve d'un film dirigé par Mao, où tous les acteurs échangeraient leurs armes pour le Livre Rouge. Matthew, effrayé, rétorque : « Ils ne seraient pas armés de livres, mais D'UN livre. Je ne veux pas d'un film de figurants »
. C'est pour ce genre d'observations que The Dreamers doit être vu : c'est un Bertolucci moyen, mais un film d'une certaine lucidité, qui se permet de critiquer la complaisance d'une gauche militante trop souvent démagogique.
Oh, et le sexe, vous demandez ? Il sert bien à établir la relation un peu tordue entre les personnages. Il est explicite, troublant et... c'est tout.
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