Publié le jeudi, 22 juillet 2004
Je me questionne...
Françoise David, ancienne militante féministe, est en tournée pour présenter son nouveau mouvement de gauche, féministe, écologiste et altermondialiste Option citoyenne. Elle rencontre les gens pour connaître leurs points de vue, pour ensuite étoffer son programme en vue des prochaines élections provinciales. D'un autre côté, elle envisage une collaboration avec l'Union des forces progressistes et les Verts.
D'abord, pourquoi un nouveau mouvement de gauche si de toute façon une fusion avec l'UFP est envisagée ? N'aurait-il pas été plus constructif de rejoindre tout de suite le parti de gauche et de travailler à partir de ce programme ? D'autant plus que ce parti était déjà présent aux dernières élections et qu'il a tout avantage à démontrer une certaine viabilité à long terme s'il veut faire élire des candidats un jour. Encore une fois, la gauche s'éparpille, apparaît désorganisée, diminuant du même coup ses chances d'élection.
Ensuite, le mouvement se dit féministe, écologiste et altermondialiste. En mettant de côté les qualificatifs galvaudés, pourquoi s'empêtrer tout de suite avec des étiquettes aussi précises ? Cela projette une image plutôt réductrice et rejoint le stéréotype négatif de la gaugauche en macramé, seventies, frustrée et déconnectée de la réalité. Pourquoi pas la défense des blanchons, tant qu'à y être ?
Ça ne veut pas dire que ces trois thèmes ne sont pas importants, au contraire ; mais la gauche ne devrait pas être que ça. En fait, c'est surtout — et bêtement — une question d'image. En ayant Françoise David à sa tête, on peut difficilement imaginer que le féminisme d'Option citoyenne soit réellement égalitaire : encore une fois tous ces problèmes ne seront abordés que d'un point de vue féminin, le masculin étant d'emblée rejeté comme partial ou incompétent. Oui, certains problèmes seront effectivement réglés, mais pas nécessairement correctement pour les deux sexes. Mais je m'égare...
Ce que je veux expliquer, c'est qu'au XXIe siècle, il faut faire attention à son image. En utilisant des termes aussi précis et aussi chargés historiquement et culturellement, Option citoyenne fait une erreur. S'ils veulent l'égalité entre les sexes, qu'ils parlent d'égalité. Surtout, qu'ils ne soient pas que ça. Ces thèmes importants doivent prendre la place qui leur revient dans un programme politique, mais il ne faut surtout pas faire comprendre aux gens que ce ne serait qu'un parti féministe et écologiste. Parce qu'il y a aussi la santé, l'éducation, le chômage, les routes, la culture, etc.. Qu'est-ce qu'un parti féministe et écologiste fera contre la concentration des médias ? Les fermetures d'usines largement subventionnées ? L'exil des jeunes en région ?
Je ne doute pas des bonnes intentions de Mme David et de son Option citoyenne, mais encore une fois, la gauche semble embourbée dans sa propre démagogie et ses vieux clichés. Ça me décourage, parce qu'à la base, je suis favorable aux idées d'Option citoyenne ; mais je suis aussi tanné du militantisme étroit et nostalgique de la plupart des tenants de la gauche.
Jean Charest n’a pas d'quoi être inquiet, malheureusement.
Placé dans Politique et Société
Si je comprends bien, ta principale critique est dans le sous-titre du nom du groupe alors que tu es "favorable aux idées d'Option Citoyenne".
Je ne comprends pas ce que tu veux dire par "militantisme étroit et nostalgique" ?
Et je crois que Jean Charest devrais être inquiet, la critique effectué par bien des "tenants de la gauche" (étroits et nostalgiques ???) quant aux coupures tous azimuts
fusions forcées de CLSC, d'accréditation syndicales etc. etc. font terriblement mal au PLQ
dans les sondages.
Je penses sincèrement qu'il faut descendre sur le terrain des luttes sociales et politiques, elles sont plus importantes que le nom des organisations qui les préparent. Toutes les contributions positives sont les biens venus. Tu sera peut-être surpris de l'ouverture d'esprit que tu y rencontrera... dans la mesure ou il est réciproque.
Par durand — août 31, 2004 04:37 PM
J'ai régulièrement croisé des "militants de gauche". Des écolo barbus, des lesbiennes frustrées, bref: des clichés ambulants, qui vivent dans l'idée qu'il se font de la gauche, profondément ancrée dans l'utopie militante des années 60-70. C'est la gauche érigée en dogme, voire en religion et elle est souvent étroitement liée aux mots féminisme et écologisme (malheureusement, soit dit en passant). C'est ça, le militantisme étroit et nostalgique.
Ce qui ne veut pas dire qu'Option citoyenne soit étroit et nostalgique ou qu'être féministe ou écologiste soit une utopie rétrograde. Sauf que quand je lis "Option citoyenne, un mouvement féministe, écologiste et altermondialiste", je pense tout de suite aux pantalons bruns et aux dreads et je ne m'y reconnaît pas. Lorsqu'un groupe se dit de droite, il ne se sent pas obligé de préciser "pour la libéralisation des marchés et le rétrécissement du rôle de l'État". Il est de droite, tout simplement. Pourquoi un groupe de gauche doit toujours être "féministe et écologiste". Ça va de soi, non? Pourquoi Option citoyenne n'est-il pas un mouvement de gauche - point?
J'ai écouté l'entrevue que Françoise David a donnée à Marie-France Bazzo l'hiver dernier et effectivement, son mouvement est évidemment très ouvert. Je n'en ai jamais vraiment douté. Par contre, l'image qu'il renvoie, parce qu'elle se cantonne dans trois qualificatifs très précis, n'est pas celle d'une option qui ratisse large. Puisque c'est d'abord cette image que les gens voient, je doute fort que la population descende en masse sur le terrain des luttes sociales et politiques. C'est bête et réducteur, je sais, mais c'est comme ça que ça marche au XXIe siècle.
Oui, Jean Charest est au plus bas dans l'opinion publique. Pourtant, on ne peut pas dire que la mobilisation syndicale - par exemple - est extraordinairement menaçante. On nous a parlé de manifestations monstres, mais la gauche est encore si divisée que c'est tombé à l'eau. Je suis sûr que Charest a "une couple de nananes" à donner pour assurer sa réélection, il y a donc beaucoup de travail à faire. Critiquer le mouvement de gauche, pour améliorer le message, en fait certainement partie. Et, à ce que je sache, faire preuve d'esprit critique n'équivaut pas à manquer d'ouverture d'esprit. Tu vois, j'entretiens la discussion, non?
Par Jonathan — août 31, 2004 10:06 PM